Interviewer : Bonjour Monsieur Belasco
W.B. : Bonjour
Interviewer : Cela fait maintenant un an que nous nous sommes vus pour votre , et j'ai pensé que vous aimeriez peut-être faire le point sur cette année passée.
W.B. : Lorsqu'on s'est vu il y a un an, c'était pour parler de mes convictions politiques à l'approche du second tour des élections présidentielles. Comme vous le savez, je ne fais pas de politique. Je pense avoir été suffisamment clair sur les raisons qui me motivent et je ne reviendrai pas dessus. Si vous aviez dans l'intention d'aborder une nouvelle fois le sujet...
Interviewer : Non, non, je vous rassure. Mais j'avoue être assez curieux de connaître votre avis après cette première année de mandat présidentiel de Monsieur François Hollande. Même si vous ne votez pas, même si, comme vous le dites, vous ne faîtes pas de politique, vous ne pouvez ignorer l'actualité et je suis sûr que vous avez votre opinion sur tout ça.
W.B. : "Tout ça", c'est quoi au juste ?... (silence). Je vais essayer de faire court parce que je n'ai franchement pas envie d'entrer dans un nouveau débat sans fin. Les français n'ont de cesse de passer d'un gouvernement de droite à un gouvernement de gauche, et réciproquement. Et qu'est-ce qu'il est toujours ressorti de "tout ça" ? La même chose. Rien. Pas le moindre résultat digne de ce nom pour résoudre les problèmes du pays. La France va mal, on le sait. Et vous savez aussi quelle est MA solution à "tout ça". Je ne reviendrai pas là-dessus.
Lorsque Monsieur Hollande a été élu le 6 mai 2012, j'ai eu l'impression de voir le résultat des élections américaines où Obama a été accueilli comme le messie. Pourquoi ? Parce qu'il était jeune ?! Parce qu'il était le premier président noir de l'histoire des Etats-Unis d'Amérique ?! Vraiment je ne sais pas pourquoi il y a eu tout cet engouement autour de l'arrivée au pouvoir d'Obama. Le fait est que rien n'a changé outre-Atlantique. Tout comme rien n'a changé en France après cette première année sous la présidence de François Hollande. Les 40% de votants français qui ont voté Hollande l'ont fait avec la certitude qu'il serait l'homme de la situation pour trouver et mettre en place LA solution. Tout comme les français qui avaient voté Sarkozy en 2007. Tout comme les français qui avaient voté Chirac en 1995 et 2002. Tout comme les français qui avait voté Mitterrand en 1981. Et tout comme les français qui avaient voté Giscard d'Estaing en 1974. Etc, etc.... Ces français s'accrochaient si fort à l'espoir de voir les choses s'améliorer que forcément, ils ne pouvaient être que déçu. Vous savez, c'est comme ces bandes annonces au cinéma qui vous promettent un film incroyable, magnifique, détonant, spectaculaire. Et au final, on réalise que les meilleures scènes du film se trouvaient dans la bande-annonce et que le reste ne vaut pas tripette. On ressort du cinéma forcément déçu. Parce que les images révélées dans une bande annonce sont choisies en fonction de ce que le public a envie de voir, et de croire. Il en est de même avec une campagne présidentielle où chaque candidat annonce son programme établi en fonction de ce que les français ont envie et besoin d'entendre et de croire. Mais au final...
Interviewer : Ce que vous dites en sommes, c'est que les français n'ont que ce qu'ils méritent ?!
W.B. : Même si c'est très tentant, je n'irai pas jusque-là. Non, il est dans la nature humaine d'avoir besoin de croire. C'est juste qu'il soit plus facile de croire en quelqu'un qu'on vous propose, plutôt que de croire en quelque chose de nouveau. Un système politique totalement différent où le pouvoir serait confié uniquement au petit peuple. Mais j'ai déjà parlé de tout ça il y a un an... (silence). Vous rendez-vous compte qu'à l'heure actuelle, aucun membre du gouvernement français n'a de réelles aptitudes de gestion d'entreprise ? Aucun d'entre eux n'a, auparavant, travaillé ou été le patron d'une entreprise privée. Aucun d'entre eux. Alors comment voulez-vous que ces gens-là sauvent la France ? Et là je parle du gouvernement d'Hollande, mais rassurez-vous, il en serait de même avec tous les hommes politiques quel que soit le parti. Alors pourquoi cet étonnement et cette déception des français aujourd'hui ?. Dans les jeux d'argent, quand on mise gros, c'est parce qu'on est sûr de gagner. Mais même à ce moment-là, il faut toujours admettre la possibilité de perdre. Et si par malheur on perd, il faut savoir admettre ses erreurs, les comprendre, les accepter et surtout éviter de les reproduire. Le français moyen qui va voter pour un candidat, et qui finit par se plaindre ensuite, est mauvais perdant. Je l'ai déjà dit, la politique n'est qu'un jeu. Les politiciens sont les animateurs et les français sont le public.
Interviewer : Et que pensez-vous de l'affaire Cahuzac, l'ancien ministre du budget qui a fini par avouer avoir eu un compte à l'étranger depuis 20 ans ?
W.B. : Rien à foutre. Mais alors, complètement rien à foutre.
Interviewer : Vous ne vous sentez pas du tout concerné par ce scandale ?
W.B. : Ecoutez... Tout ce que vous faites, c'est apporter de l'eau à mon moulin. J'ai toujours dit que les politiques sont des pourris. Alors ne venez pas me demander ce que je peux penser de ce genre de révélation ? D'autant qu'à mon avis, Monsieur Cahuzac est loin d'être la seule personnalité politique, de gauche, de droite, ou d'ailleurs, à avoir un compte en Suisse. Il n'y a rien de tel, pour déstabiliser, et surtout décrédibiliser un gouvernement aux yeux du pays, que de faire éclater au grand jour ce genre de scandale. Cela satisfait les tabloïds, et ça donne par la même occasion un os à ronger aux français. Les scandales touchant des personnalités publics ont toujours fait fureur. Alors lorsqu'il s'agit d'un homme politique, et en plus issu du gouvernement en place...
Interviewer : Et au sujet de cette fameuse taxe à 75 %, au-delà d'1 million d'euros de revenu ?
W.B. : Personnellement, je ne gagne pas ça (rire). Mais je vais vous dire... Ce qui m'a le plus amusé dans tout ce que j'ai pu lire ou voir à ce sujet, c'est le Président de la Ligue de football professionnel qui explique que "la France va perdre ses meilleurs joueurs". Alors je vais vous dire. Cette taxe devrait concerner 112 joueurs de Ligue 1... Euh... Franchement... Dans la mesure où ces joueurs touchent en un match ce que je ne gagnerais même pas en dix ans de boulot, et dans la mesure où cette taxe ne concernera que les revenus de 2012 et 2013, je pense pouvoir affirmer que ces 112 joueurs ont déjà amassé assez de fortune pour survivre à cela. Et décider malgré tout de quitter les clubs français pour partir à l'étranger, serait vraiment une réponse exagérée digne d'un gamin capricieux. Et quand on se souvient du comportement des joueurs de l'équipe de France au Mondial 2010, rien ne m'étonnerais moins.
En plus j'y pense... Il y a trois mois, lors de l'annonce de la première mouture de cette taxe, Gérard Depardieu s'est fait la malle en Russie. Et bien je vais vous dire... Qu'ils le gardent !
Interviewer : Un peu sévère, non ?
W.B. : (silence)
Interviewer : Et la hausse du chômage ? Et la baisse du pouvoir d'achat ?
W.B. : D'une certaine façon, les deux sont étroitement liés. Mais attendez ! Là, tout ce que vous faîtes, c'est m'énumérer les problèmes de la France... Je les connais ! Et ?!
Interviewer : Et le nombre de chômeur en France est passé de 2,875 millions en février 2012 à 3,187 millions en février 2013. Sans compter que cela fait maintenant 22 mois consécutifs d'augmentation pour le chômage.
W.B. : C'est vrai. Ce sont les chiffres qui ont été annoncés. Et alors ? Durant l'année 1997, le nombre de chômeurs en France est monté à 3,195 millions. Et qui était Président de la République à ce moment-là ? Jacques Chirac. Et une chose encore. Vous avez dit que cela faisait 22 mois consécutifs d'augmentation du chômage.
Interviewer : C'est exacte. Ce sont les chiffres officiels publiés par le ministère du Travail.
W.B. : 22 mois consécutifs. Euh... arrêtez-moi si je me trompe mais, à moins que cela ait également augmenté, une année ne compte toujours que 12 mois ?!. Ce qui signifie que pendant 10 mois avant l'élection d'Hollande, ce même taux du chômage ne faisait déjà qu'augmenter.
Interviewer : Seriez-vous en train de prendre la défense de Monsieur Hollande ?
W.B. : Même si j'admets que ça peut y ressembler, ça n'est absolument pas le cas. Ce que je dis, c'est que les français ont la mémoire courte. Le français moyen fonctionne un peu au jour-le-jour. C'est comme avec la météo. Quand on a un hiver très froid, le français râle en disant qu'on n'a jamais eu d'hiver aussi froid. Et quand on fait quelques recherches, on découvre qu'il y a dix, quinze, vingt ou trente ans, l'hiver a été encore plus froid. Pareil pour les étés caniculaires.
Interviewer : Finalement vous vous êtes trompé il y a un an, en affirmant que "l'après 6 mai 2012 ne changerait strictement rien aux conditions de vie des français". Il y a plus de chômeur, le pouvoir d'achat continue de baisser...
W.B. : Je vous arrête là. Nous vivons dans un pays totalement égoïste. Chacun pour sa pomme. En ce qui me concerne, l'après 6 mai 2012 m'a été bénéfique puisque pour ma part, j'ai été nommé chef, avec tout ce que cela implique. Mais en aucun cas je ne vais remercier Monsieur Hollande pour ça. Je sais pertinemment qu'il n'y est pour rien.
Interviewer : Ceux qui se sont retrouvés au chômage durant l'année écoulée ne partagent peut-être pas votre opinion ?
W.B. : Je ne dis pas qu'il est facile d'avoir un job. Je ne dis pas que la vie est facile pour tout le monde. Mais mon expérience dans la vie active m'a appris une triste réalité : le français est un fainéant, partisan du moindre effort. Et c'est de pire en pire avec la nouvelle génération qui arrive sur le marché du travail, ou celle qui arrivera dans 10 ou 20 ans. Ce que je vais dire là, je ne le généralise pas au 3,187 millions de chômeurs, mais je suis persuadé qu'un grand nombre d'entre eux ne font pas tout ce qu'il faut pour garder un travail quand ils ont la change d'en avoir un. Quant aux autres, ils ne font pas tout ce qu'il faut pour trouver un travail. Car le français ne veut pas faire n'importe quoi. Il sait qu'il a besoin d'argent pour vivre, mais dans la mesure où les aides sociales sont là pour lui régler nombreuses de ses factures, pourquoi se casserait-il la binette à trouver un job, et encore plus à le garder si celui-ci est trop dure, trop fatiguant, trop contraignant, trop salissant, trop physique, et quoi d'autres excuses encore.
Alors il est toujours facile de brandir des chiffres et de se ranger du côté des victimes, quand en réalité on n'a pas la volonté de s'en sortir parce que le système est là pour les plus démunis.
Interviewer : ... Nous voici arrivés au terme de cette interview. Monsieur Belasco, avez-vous une dernière chose à ajouter pour conclure ?
W.B. : Vous êtes venu me demander ce que je pensais de cette première année de présidence d'Hollande. Tout ce que je sais, c'est qu'un homme de gauche a été élu à ce poste le 6 mai 2012, avec 51,64 % des suffrages exprimés. Avant lui, un homme de droite avait eu sa chance, et il a échoué dans sa mission durant les quatre années de son mandat. Est-ce qu'un candidat Vert, Front National, Centriste ou je en sais quel autre parti, aurait fait mieux ? Ma réponse est définitivement non.
C'est toujours plus facile de pointer du doigt un seul homme, en l'occurrence le Président. Mais en réalité, ça n'est pas lui qu'il faut désigner comme coupable, mais tous les français votants qui n'ont pas encore compris que pour sauver la France, et par extension l'Europe, il faut repartir de zéro. Mais tout cela, .
Interviewer : La boucle est ainsi bouclée.
W.B. : C'est vrai. Parce que c'est un éternel recommencement. Car dans trois ans, ce ne sera peut-être pas un candidat de gauche, ni même un candidat de droite, mais bien un candidat du Front National qui prendra le pouvoir. Et le pire dans tout ça, c'est que là encore, le français ne tirera aucune leçon de ce nouvel échec. Pourtant la gravité de la situation sera beaucoup plus alarmiste qu'aujourd'hui. Mais comme je l'ai dit, le français vit au jour-le-jour et il ne prendra conscience de ça que le jour où ça lui pétera en pleine gueule... Il sera trop tard. J'espère sincèrement me tromper. Croyez-moi... J'aimerais qu'on n'ait pas à en débattre dans quatre ans...
Interviewer : Eh bien merci Monsieur Belasco pour avoir une nouvelle fois accepter de répondre à mes questions.
W.B. : Peut-être pourrions-nous envisager, une prochaine fois, de nous voir pour discuter d'autre chose que de politique ?.
Interviewer : C'est une proposition très intéressante qui n'est pas entrée dans l'oreille d'un sourd.
W.B. : En attendant ce jour, merci à vous... de m'avoir lu !